Programmes maternelle : pour le ministre, seuls les fondamentaux comptent…


À la première lecture de l’aménagement de ces programmes, nous pouvons être soulagé·es car peu de changements apparaissent, contrairement à ce que la note du Conseil Supérieur des Programmes (décembre 2020) laissait supposer. Cependant, en poussant l'analyse un peu plus loin, nous constatons que cette nouvelle version des programmes de 2015 insistent fortement sur les fondamentaux, sur les évaluations ainsi que sur les résultats des évaluations CP. Une façon pour le ministre et le CSP de laisser une empreinte en réécrivant des programmes qui avaient été très bien accueillis en 2015…


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Les seules modifications interviennent dans les domaines 1 (mobiliser le langage dans toutes ses dimensions) et 4 (construire les premiers outils mathématiques). Dans les autres domaines, mis à part insister sur l'expression orale à mener dans toutes les activités, aucune modification.

Cette restriction de l'École maternelle aux fondamentaux, de même qu’en élémentaire ou dans le secondaire, nie le caractère spécifique de l'École maternelle.


Dans le domaine Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions, les compétences à acquérir à la fin de l'école maternelle passent de 13 à 21 ! Parmi les nouveautés, des paragraphes sur la syntaxe, le vocabulaire et la conscience phonologique…


Dans le domaine Acquérir les premiers outils mathématiques (il ne vous aura pas échappé que le nom du domaine a été légèrement modifié), là encore le nombre de compétences à acquérir a augmenté (de 14 à 23), particulièrement dans la partie numération. Parmi ces nouvelles compétences, nous remarquons que certaines font référence aux items les moins réussis des évaluations de début de CP : placer un nombre sur une frise numérique, comparer deux nombres et la résolution de problèmes.


Puisque ce sont les deux domaines qui ont été les plus modifiés, faut-il y voir un lien avec les formations en constellation français et mathématiques instaurées depuis deux ans ? Les rédacteur·trices pensent-il·elles que seule la préparation aux évaluations de CP est importante en maternelle ?


Pour la CGT Éduc’action, il paraît dangereux de réduire l'École, et en particulier l'École maternelle aux seuls « fondamentaux ». Depuis plus de 10 ans, les différent·es ministres insistent et « recentrent » sur ces apprentissages. Pourtant les résultats des élèves français·es aux évaluations PISA (seul étalon valable pour le ministère…) sont toujours aussi décevants. Serait-il possible que d'autres facteurs entrent en compte ?


Pour la CGT Éduc’action, il est urgent de se poser la question de la formation initiale et continue, du nombre d'élèves par classe, de l’importance de RASED complets généralisés... Une fois de plus, le MEN se contente des « fondamentaux » oubliant la plupart des autres apprentissages, nombreux et essentiels pour l’émancipation des élèves.


La scolarisation obligatoire à 3 ans va certainement augmenter le nombre d'élèves en situation de handicap présent·es à l'école. Si la scolarisation de ces élèves est une bonne chose, la CGT Éduc’action regrette que le ministère et le gouvernement n’y accordent aucun moyen conséquent. En effet, les personnels enseignants restent toujours sans aucune formation et le manque criant d'AESH (également peu formé·es et toujours précaires) perdure.


Concernant le préambule et le passage sur l'évaluation (le plus modifié), il est évoqué « l'évaluation des compétences à chaque âge » comme si les apprentissages étaient linéaires. Or ils ne le sont pas et cette vision de l’évaluation des jeunes élèves est en contradiction avec la bienveillance et l'adaptation au développement de l'enfant. De même, les rédacteur·trices insistent sur la typologie des exercices à mener par les élèves, mais ce n'est ni la multiplication des « exercices » ni leur répétition qui permettent aux élèves de comprendre et de s’approprier les apprentissages. Misons plutôt sur la diversité des situations proposées et le temps.


La CGT Educ'action pour sa part remarque qu'encore une fois, les auteur·trices des programmes et Jean-Michel Blanquer ont voulu laisser leur empreinte en réécrivant des programmes qui sont récents et avaient été très bien accueillis en 2015.


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