Élèves de Maternelle, nouvelles cibles

Alors qu’en pleine crise sanitaire il est urgent de renforcer les moyens dans les écoles, de renforcer les dispositifs de soutien aux élèves en difficulté ou de réaffirmer la liberté pédagogique, le ministre poursuit la destruction pédagogique de l’École.


La scolarisation obligatoire dès 3 ans lui offre un prétexte pour s’attaquer à la maternelle et intensifier sa gestion par l’évaluation. Avec le soutien du Conseil Supérieur des Programmes (CSP), du Conseil scientifique dirigé par le neuroscientiste Dehaene, et avec le concours de la DEPP, il mène une double expérimentation dangereuse pour le fondement même et les objectifs de l’école maternelle, et pour les élèves eux·elles mêmes.



Blanquer et ses expériences dangereuses


La communauté éducative avait bien accueilli les programmes de 2015, mais le CSP préconise leur refonte pour que la maternelle devienne une «usine» préparant au CP et à ses évaluations nationales.


Il n’y aurait qu’un cap : «dire et lire», avec des protocoles précis et tant pis si ce n’est plus vraiment de l’enseignement. Parallèlement, la DEPP introduit une enquête qui touche 35 000 élèves de petite section sur toute leur scolarité. Au-delà de la méthode (enquête imposée aux collègues comme c’est le cas à Lyon), ce sont les questions posées sur les élèves qui sont choquantes. On demande si l’enfant «répond mal à l’adulte», «réagit de façon excessive», «refuse de rentrer dans l’activité», «a des accès de colère» .


Évaluer le trouble des conduites


Évaluer le trouble des conduites Ces deux réformes résument l’idéologie et les objectifs Blanquer. Il s’agit du tout évaluation national imposé aux élèves (et donc indirectement aux enseignant·es) sur l’ensemble de leur scolarité et du «flicage comportementaliste» de ces mêmes élèves. Il n’y aurait donc dans l’École, que des «sujets» à gérer, à «remplir», à éventuellement «corriger» pour qu’ils rentrent dans les cases prédéfinies du Conseil scientifique et du ministère.


Si les objectifs de la réforme des programmes sont assez clairs (faire de la maternelle un lieu d’apprentissage exclusif des savoirs fondamentaux), celui de l’étude de la DEPP renvoie à un dangereux précédent datant de 2005, mené par l’Inserm et qui visait à définir une nouvelle maladie, «le trouble des conduites». Elle avait fait polémique et avait été arrêtée. On comprend alors que cette nouvelle enquête veut supprimer la notion de difficultés pédagogiques au profit du tout handicap médical.


Pour la CGT Éduc’action, cette double démarche ministérielle est scandaleuse. Il n’est pas question de désosser l’école maternelle qui a fait ses preuves, et surtout, il est inadmissible de traiter ces jeunes élèves en cobayes. Elle exige donc du ministre qu’il renonce à ces réformes et expériences.


Jérôme SINOT