Écoles : redonner du sens et du collectif

Confinements répétés, enseignement à distance insatisfaisant, consignes ministérielles multiples et contradictoires, perte du lien social et professionnel… L’année qui s’achève a été largement marquée par la crise sanitaire, mais surtout par des mesures gouvernementales très discutables.

Ces choix ont touché une École déjà abimée par des attaques récurrentes et violentes. Les personnels ont dû appréhender seuls cette situation imposée par l’absence et l’incompétence d’une administration dépassée. Avec les élèves, ils·elles sont aussi victimes d’une politique ministérielle assumée et revendiquée par le ministre Blanquer. Celui-ci a renvoyé aux équipes pédagogiques la responsabilité de s’autoorganiser dans la gestion matérielle et pédagogique des écoles conformément à son envie de territorialiser le système éducatif.


Les directeur·trices ont ainsi dû gérer les écoles comme l’ont fait les chef·fes d’établissement alors qu’ils·elles n’en n’ont ni le statut ni les missions.

Et le ministre a vite compris qu’il pourrait alors s’appuyer sur cette expérience pour introduire très rapidement une autorité hiérarchique dans les écoles.



Les mesures sanitaires, la distanciation physique ou les fermetures de classes ont explosé le cadre collectif des équipes. Comment maintenir du lien et des échanges quand les lieux et les temps de rencontre sont interdits ? Pour le ministre, la crise sanitaire est une superbe occasion d’accélérer la dislocation du collectif, l’individualisation des pratiques et des parcours.


Si les personnels se sont sentis violentés durant cette période, c’est aussi et surtout à cause du maintien des contre-réformes introduisant la casse du service public d’Éducation. Rien ne s’est arrêté et un ministre sourd et arrogant a maintenu son cap au détriment des conditions de travail des personnels et d’étude des élèves. Poursuite de l’autonomisation des équipes, maintien de la réduction du nombre de postes, du tout-évaluation, du Grenelle de l’éducation et de l’Agenda social visant à exploser le cadre global et les statuts… Le ministre a fait le choix de son idéologie au détriment des priorités : moyens humains, libertés pédagogiques, collectifs de travail, protection des personnes...


Si la CGT Éduc’action revendique des moyens et un plan d’urgence pour des recrutements massifs de personnels statutaires, elle exige d’autres mesures pour retrouver du collectif dans les écoles. Car c’est bien du collectif que pourra émerger un service public laïque et unifié de l’Éducation nationale.


Cette École doit être un lieu de vie et d’accueil agréable pour la construction d’une culture commune plurielle, d’apprentissage du collectif et de coopération et où la concurrence et l’individualisation sont proscrites.


Une école avec une direction collégiale et non hiérarchique, et où chaque collègue conserverait son libre arbitre au sein d’un collectif non injonctif. Et du bien-être au travail découle obligatoirement des parcours scolaires remplis de réussite


Jérôme Sinot


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