CGT Educ’Action 56 - Analyse du 14 avril 2020

 

Réouverture annoncée des écoles à partir du 11 mai :L’école au service du capital ?Lundi 13 avril à 20:02, le temps que les Français puissent applaudir le dévouement des personnels de Santé, le président Macron a fait un certain nombre d'annonces concernant l’éducation, la principale étant la réouverture progressive des écoles.

Bas les masques : le pourquoi de cette précipitation


Loin du principe de précaution, le président Macron fait prendre des risques mortels à l’ensemble de la population. Cette ouverture des écoles ne s’appuie pas sur des raisons sanitaires : il n’y a à ce jour aucun vaccin et la contamination par le virus peut s’avérer mortelle. Loin des mesures prophylactiques rendues nécessaires par la contagiosité extrême du virus, le confinement reste la seule réponse possible face à la pandémie.
Ainsi, la fin décrétée par Macron du confinement avant que chaque personne soit équipée en masque et puisse être dépistée, puisque les tests seront seulement réservés aux personnes présentant des symptômes de la maladie, fait grandement planer le risque
d'une « 2ème vague » de l'épidémie.
La réponse est donc bien loin de l'intérêt des élèves et des personnels : ouvrir des écoles, c’est rassurer les actionnaires qui verront revenir au travail les salariés libérés de leurs contraintes parentales. Depuis le début du confinement, le MEDEF n’a qu’une idée en
tête : maintenir les profits et les dividendes versés aux actionnaires. Car si l'ordre présidentiel du confinement généralisé a été largement incité par la dégringolade boursière (-12 % en une seule journée, soit 1/3 de plus qu'en 2008!), les perspectives de récession provoquent de nouvelles paniques boursières, d'où l'objectif de rassurer les 1ers de cordée, quitte à brader à nouveau la santé de la population.


L’impossibilité des « gestes barrières » à l’école.


Pourvoir chaque élève et personnel en masque chiffrerait les besoins quotidiens à… 26 millions ! Et même si par magie les masques, qui manquent tant dans les hôpitaux, parvenaient dans chaque école, il est inconcevable de demander à des jeunes, voire de très jeunes enfants, de porter un masque toute la journée. Comme il est matériellement impossible de faire respecter ce mètre de « distanciation sociale » dans une école et encore moins dans une classe.
C’est aussi mal connaître la nature jeunes. La mise à disposition de gel hydroalcoolique n’apportera pas une protection suffisante à moins de le faire plusieurs fois par jour, ce qui est fortement déconseillé du fait de la toxicité de ce produit chez les enfants. Les
élèves sauront-ils également respecter les règles de distanciation, surtout après plus de 2 mois de confinement qui auront été traumatisants pour bon nombre ?

Comment les élèves de nouveau rassemblés, regroupés dans des classes où souvent les tables sont par binôme, sinon dans des classes exigues, dans les chambres d'internat, dans les selfs, dans les cars scolaires, etc. pourront-ils maintenir cette fameuse « distanciation
sociale » ? Quelle responsabilité incombera à l'enseignant, au directeur d'école, au chef d'établissement, au maire où à la Dasen, etc. en cas de recrudescence de la pandémie liée à une contamination partie d'une crèche, d'une école ou de tout autre établissement
scolaire ? Pour la CGT Educ’Action 56, la réouverture des écoles doit se faire sans précipitation pour
la santé des élèves, des personnels et de la société en générale, puisque chacun retourne
dans son lieu de vie (famille, immeuble, quartier, etc.) après son travail.


Selon l’OMS, le Covid-19 est dix fois plus mortel que le H1N1, et l’organisation comme la Fédération des médecins de France appellent à un déconfinement "lent". Il est donc souhaitable avant toute réouverture des écoles et des établissements de soumettre les
modalités à la communauté scientifique et aux organisations syndicales afin de garantir à l’ensemble du personnel et des élèves de l’EN, la sécurité qui leur est due.


Les déclarations du Ministre de l'Éducation :

Par ailleurs, monsieur Blanquer propose ce mardi 14 avril un déconfinement progressif avec le retour à l'école en priorité pour les « publics les plus fragiles »… Cette annonce ressemble encore une fois à un exercice de jonglage pour s'adapter en flux tendu à la
décision présidentielle. En effet, qui seront ces populations prioritaires ? Et s'il n'y a pas de moyens suffisants pour les protéger, ne risque-t-on pas de les exposer encore davantage ?


À ces questions sur la nature desdits publics fragiles, monsieur Blanquer a répondu en désignant les élèves de la voie professionnelle, en citant expressément les CAP. Ce choix n'est pas anodin, car il reconnaît la fracture numérique et sociale qui s'est élargie depuis le
confinement. Il n'est pas non plus dénué d'intérêts économiques, car ce retour à la scolarisation des apprenants de la voie professionnelle concerne également les publics en apprentissage. Ne peut-on y voir l'approvisionnement en main d'oeuvre bon marché
nécessaire à la relance de la production ? Enfin, le ciblage du ministre sur les apprenants de CAP nous interpelle. N'y a-t-il pas dans ce choix un moyen de remettre la main sur nombre de mineurs non accompagnés, qui pour beaucoup sont orientés en CAP afin qu'ils
puissent rapidement gagner de l'argent, et qui ont disparu de la continuité pédagogique du fait de la précarité extrême de leur conditions de vie ?


Le ministre a également attiré l'attention sur la situation « des personnels les plus fragiles et les plus âgés », sans pour autant les définir clairement ni apporter de précisions quant aux conditions préalable à leur retour.
Pour que l'école rouvre, nous exigeons :

 

  • Le dépistage systématique de toutes les personnes (parents, élèves, personnel de l’Éducation, personnels de transports scolaires, etc.) et non uniquement des cas symptomatiques, surtout que les jeunes bien que contaminés et donc propagateur du virus ne présentent la plupart du temps aucun signe de la maladie ! De plus, pour être efficient, ce dépistage doit être quotidien.

 

  • La mise à disposition quotidienne du matériel de protection (tests, masques, gels hydro-alcooliques, etc.) en quantité et pour tous : personnels comme élèves.

 

  • Le maintien à domicile des personnels à risques.

 

  • La reconnaissance de maladie professionnelle pour les personnels contaminés.

 

Les parents, les élèves et les personnels sont en droit de s’interroger sur les conditions d’ouverture : il s’agit de la vie de leurs enfants, la vie de leurs élèves, leur propre vie, celle aussi de leurs collègues, celles de tous les proches qu'ils rencontrent ! Il ne doit pas y avoir dans cette réouverture, une logique de profits qui serait ici une logique de mort pour des raisons financières.


Consciente des enjeux politiques, économiques, sociaux, la CGT Éduc'action 56 appelle l'ensemble des personnels, des parents d'élèves et des citoyens à respecter les préconisations des médecins et des spécialistes de santé. Chacun a pour devoir de se protéger, et aussi de protéger toute personne qu'elle approche. Aussi la CGT Éduc'action 56 soutiendra tout refus de déconfinement, y compris par le droit de retrait, qui risquerait de relancer l'épidémie et son lot de victimes.

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